Les réponses de Pacôme Thiellement

Jurez de dire la vérité toute le vérité rien que la vérité autant que vous le pouvez. Levez la main droite et dites : je le jure.

De toutes façons le contraire n’a aucun intérêt.

Doit on connaitre le mensonge pour dire la vérité?

Lorsqu’on est un dieu, non (je suppose).

Est-il préférable de la connaitre, la vérité?

La vérité, du moins la réalité, parce que la vérité, je ne sais pas si je peux me permettre d’en parler comme d’une copine, la réalité sera toujours beaucoup plus intéressante, plus passionnante, beaucoup plus drôle ou instructive que n’importe quelle illusion, évidemment.

Votre mémoire est-elle à vous?

Ce qui reste est toujours impersonnel. On ne se revoit jamais en plan subjectif mais évoluant dans des plans d’ensemble, filmé par un chef opérateur ordinaire. C’est pour ça qu’il ne faut jamais trop s’attarder sur les chagrins d’amour ou tout ce qui nous affecte de façon générale – à la fin on est toujours une figurine animée dans une boite en carton imaginaire.

L’amour est-il le contraire de la haine?

Le mauvais amour est une haine latente, une haine en puissance. 
L’amour non-mauvais ne connaît pas d’envers, ni la haine ni l’indifférence. En fait il se rapproche de l’énigme, du mystère ; l’amour non-mauvais est incompréhensible.

Donc la haine n’est le contraire d’aucun des deux.

La liberté existe t-elle?

Oui (je suppose), lorsqu’on est un dieu.

Êtes-vous libre?

Toujours pas. Mais ça va venir!

Le destin des pauvres se joue t-il autrement que le destin des riches?

Le destin des pauvres est le reste de plus en plus restreint de l’assiette des riches, mais, par réversibilité, le destin des riches est la conséquence de plus en plus amère du récit des pauvres. Pour le dire de façon moins ambiguë, plus vous exclurez les sous-prolétaires des villes, plus vos enfants se marginaliseront. Plus vous chasserez les gitans, et plus vos descendants se clochardiseront. C’est la règle.

Pensez-vous que nous avons chacun, un destin?

La journée ordinaire d’un individu ordinaire est tout aussi «fatale» que les conneries soi-disant sublimes attribuées aux grands hommes. La journée ordinaire d’un individu ordinaire rejoue le mythe, et la vie extraordinaire de l’homme extraordinaire est un cloaque affectif ou psychique. Tout dépend du regard qu’on porte sur elle. Tout dépend de notre qualité d’interprétation. C’est ce que m’a appris Ulysse de James Joyce et A day in the life des Beatles. Même le pape se retrouve en train de chier. Même l’homme-merde est traversé par le souflle de l’esprit. Tu es Oreste, la Vierge Marie, le prince Muychkyne (si je le veux). Je suis Jean-Claude Romand, Charlie Manson ou Mr. R. atteint de folie criminelle (si tu le veux).

La magie est-elle une illusion?

Ce n’est pas la magie, c’est la réalité matérielle qui est une illusion. La magie, c’est l’instant où les bords de la réalité craquent, ou la statue menace de s’effondrer par le socle. Tout est une illusion, sauf la lumière qui se dépose sur les contours de la réalité effondrée.

Sommes nous profonds?

Moins que nous le croyons, plus que nous le pensons. Notre tête est pleine d’idées creuses et superficielles, mais notre cœur est lourd et rempli de sentiments abyssaux. Nous sommes profonds mais c’est parce que notre cœur est lourd.

Le soleil est-il au fond de l’univers?

Au fond de l’univers, il y a une bâche peinte avec des étoiles scintillantes mal collées, du plâtre, des clous, des tissus entassés, et les décors de la pièce précédente.

Les idées sont-elles des étoiles?

J’ai toujours vu les idées comme des fleurs. Les étoiles ce sont les moments de l’Histoire qui s’allument et s’éteignent pour anticiper la fin du cycle. Les indications du régisseur général.

D’où vient le désir?

Folie, faim et foi.

La jouissance est-elle dangereuse?

L’habitude de la satisfaction des désirs rend égoïste et bête. La jouissance n’est pas dangereuse, mais sa fréquence ne doit pas masquer sa préciosité.

On ne trouve jamais l’autre que dans soi-même?

Non, on ne le trouve même jamais dans soi-même. Par contre, parfois, on fait des rencontres qui nous révèlent des secrets sur nous-mêmes.

Ou on ne se trouve soi-même que dans l’autre?

Sauf les cons, qui sont partout, générique de l’humanité comme certains médicaments sont les génériques des autres.

Être humain, est-ce possible?

Oui, mais ce n’est pas exceptionnel.Ce qui serait beau ce serait d’être un tigre.

Une vie peut-elle transformer le monde?

Un monde c’est toujours plusieurs vies. Une vie seule ne peut rien, mais le rapport entre plusieurs vies peut constituer un monde, le transformer ou le détruire.

La mort est-elle l’ennemie de la vie?

Il faut distinguer la première et la seconde mort. La première mort n’est jamais qu’un changement de perspective.

Son contraire?

La seconde mort c’est l’anéantissement. C’est le contraire de tout, et en tant que tel, ne se réduit pas même à la notion de contradiction.

Un mal peut-il être délicieux?

Oui, surtout s’il atténue les effets de la mucovisidose. Le mal bien dosé est un paratonnerre.

Es-tu un homme bon (une femme bonne)?

Non non non.
Nul n’est bon, nul n’est mauvais. Nul n’est bon, nul n’est mauvais.
Ducdame. Ducdame.

Penses-tu qu’on s’arrange avec le mal?

Non. Mais cycliquement le mal se met à notre service. Il n’y peux rien, c’est plus fort que lui.

L’univers est-il un chaos ou quelque chose de soigneusement ordonné?

Dans les détails il est magnifique, mais dès qu’on regarde de façon plus générale, c’est le bordel, et c’est moche. Comme beaucoup d’humains, qui peuvent avoir des oreilles magnifiques, mais une gueule de con.

Comment aimerais-tu en finir?

Ton plus beau souvenir d’extase?

J’oublie les souvenirs, je garde l’extase.

De quelle couleur est la lumière?

Bleue. Comme tout ce qui n’est pas dans l’homme ni dans la nature.

Une contribution de Pacôme Thiellement.

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Pacôme Thiellement

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