Les réponses de Sylvain Courtoux

Argument du 25 mai 2014 (dit argument Möör)
TOUS LES ENONCES DE CE TEXTE PEUVENT SE RAPPORTER A CHACUNE DES QUESTIONS.

Jurez de dire la vérité toute le vérité rien que la vérité autant que vous le pouvez. Levez la main droite et dites : je le jure.

Doit on connaitre le mensonge pour dire la vérité?

Plus on connaît la valeur du mensonge, ce qu’il fait faire comme ce qu’il fait dire, ce qu’il a fait faire comme ce qu’il a pu faire dire, plus on peut comprendre la puissance parfois révolutionnaire et indestructible de la vérité. Dans certains milieux, comme le champ poétique (et littéraire), où l’hypocrisie et le faux sont des discours en soi qu’on porte parfois en parures et étendards, l’usage de la vérité est non seulement un antidote, mais la seule porte d’accès possible à la poésie véritable, c’est-à-dire, à la pratique poétique conçu comme «test de sincérité»* érigé comme notion majeur (il me semble) de la production poétique expérimentaliste.

* Le concept, je le reprends d’EMMANUEL HOCQUARD – dan sa préface à l’anthologie Tout le monde se ressemble (POL, 1995).

Est-il préférable de la connaitre, la vérité?

Tout ce qui peut servir à dévoiler les mécanismes de domination et de pouvoir (quels qu’ils soient) qui se cachent derrière les postures, les positions esthétiques et/ou artistiques, et dans les textes des uns et des autres (et dans ce qui ne se lit surtout pas dans les textes mais qu’on peut voir dans les trajectoires ou les prises de positions artistiques/esthétiques) est une victoire sur la fausse valeur, l’hypocrisie et le mensonge.

Votre mémoire est-elle à vous?

Ma mémoire est construite de toutes les phrases et de tous les gestes dont mon esprit sorti du (s)per(m)e et de la mer(d)e s’est constitué depuis le jour 1. Mémoriser est comme un acte de dissémination (LE PLAGIAT EST LE PREMIER ACTE DE SABOTAGE / AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE PLAGIAT). Notre mémoire est hors de nous, elle nous fait sentir et nous fait confirmer notre fragmentation et notre historicité (mémoire de l’expérience, expérience de la mémoire). Il y a du dialogisme partout. La parole est notre molécule. Même si la langue (nos perceptions, nos concepts) est cerné de contrôle et de mots d’ordre partout (et nous en savons trop ou trop peu – c’est pourquoi il faut tricher la langue, faire merder la fiction, cette esquive, ce leurre magnifique qui permet d’entendre la langue hors-pouvoir)*.

* Questions [à creuser, inlassablement] : est-ce que la langue implique nécessairement une relation fatale d’aliénation? Le pouvoir est-il nécessairement présent dans les mécanismes les plus fins de l’échange social et jusque dans les poussées libératrices qui prétendent le contester?

L’amour est-il le contraire de la haine?

Quand on a beaucoup aimé une personne, on la déteste d’autant. J’aime beaucoup. Je déteste beaucoup. Ma haine pour les «hétéronomes»* de la poésie coïncide parfaitement à mon amour de ce qui fait la poésie : un laboratoire langagier et de formes, une dissidence contre les verdicts normatifs du romanesque (et de la fiction) dominant – un trou dans la poésie comme Institution.

* Il faudrait tout un texte pour définir ce concept de Bourdieu qui ne dit surtout pas que la littérature ne doit pas se connecter à son autre, à de l’autre, de l’hétérogène et du métèque (la littérature doit faire ce geste, de synthèses inouïes pour résister aux paroles collectives qui encerclent notre diction). L’hétéronomie que mon je met en avant est l’hétéronomie qui vient des processus et des rapports de pouvoir, politiques, symboliques et (surtout) économiques (la sphère non-marchande de la vie ne cesse de rétrécir comme peau de chagrin). On le sait aujourd’hui, la censure est en grande partie économique (elle n’est même plus que ça). Un champ artistiques comme celui de l’art contemporain plastique (avec son double marché public/privé) est déjà gangrené par les rapports de fric. Voilà ce qui guette le champ de la poésie (mais qui depuis les années 70’s est présent dans le champ du roman) – et j’ai des raisons d’être inquiet dans ce que je vois parfois chez les uns et les autres.

La liberté existe t-elle?

Êtes-vous libre?

Il n’y a pas de liberté absolue comme il n’y a pas de déterminismes absolus. Et le terme qui décide de cette non-liberté-absolue et du non-déterminisme-absolu, je le prends à Bourdieu, avec la notion d’habitus. L’habitus bourdieusien est conçu pour rendre compte de cette liberté réglée, de cette plasticité qu’ont les pratiques et les actions des uns et des autres et de la complexité du jeu des déterminismes et du jeu avec les déterminismes ; et il engendre selon une combinatoire à la fois simple et inépuisable les actions (les dits et les gestes) propres à remplir au mieux ces fonctions dans les limites des moyens disponibles (moyens donnés par l’habitus primaire – la famille – ou secondaire – l’école et qui explique à peu près tout chez nous, de notre niveau d’études, à l’amour des livres, en passant par ce qui se passe pour nous dans des situations très particulières d’intersubjectivité et d’interaction sociale (perdre la face ou faire bonne figure), la façon dont nous nous habillons et même ce que nous pensons du monde). C’est une forme de synthèse entre ce vieux concept de la liberté et de ce non-moins vieux concept de déterminisme. Et ça explique nos trajectoires, nos prises de positions, nos visions du monde, nos goûts, nos formes de vie… Car si l’action est vécue par l’agent comme libre, sans contrainte, dans le mesure où c’est en lui que réside le principe de son action et de son pouvoir d’adaptation aux évènements qui s’imposent à lui, il reste que cette liberté d’action n’est pas conscientes des déterminations qui la régissent. La liberté est donc toujours à reconquérir sur la connaissance des causes qui nous déterminent, comme aurait dit Spinoza. La pensée la plus «libre» est celle qui transige tout le temps avec des effets de machine. Un excès de jeu dans la machine.

Le destin des pauvres se joue t-il autrement que le destin des riches?

Un fils d’ouvrier n’aura pas le même espace de possibilité existentielle que le fils d’un ministre.
LÉON BLUM 1919 : «Vous êtes le fils d’un salarié, ouvrier, employé, journalier agricole. Sauf hasard providentiel, votre destinée est de demeurer toute votre vie un salarié. Voilà, tout à côté de vous, dans la rue voisine, le fis d’un possédant, d’un détenteur de capitaux. A moins de circonstances extraordinaires, il restera sa vie entière, directement ou indirectement, un patron». Aujourd’hui en France, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après leurs sorties d’études, et sept enfants d’ouvriers sur 10 demeurent cantonnés à un emploi d’«exécution». On pourra toujours dire que la « liberté » se joue dans ces trois-là qui ont pu « transcendé » leur « destin ». En tant que « pauvre » (vivant avec un RSA), ça ne me rassure pas totalement.

Pensez-vous que nous avons chacun, un destin?

Si on appelle « destin », ce que l’on fait de notre vie et qui se joue (existentiellement, sociologiquement, psychologiquement) dans les vingt premières années, sans doute. Mais ce n’est pas le fatum des romains. Il n’y a aucune puissance mystérieuse. Le destin est l’autre nom de la vie, dans ce qu’elle a de plus concret (commencement, milieu, fin). Nous sommes ce que nous faisons de ce que les autres ont voulu faire de nous. Si le réel se réduit au possible, l’indestructible serait l’héroïsme quasi-parodique du bouffon. Et la poésie comme test de sincérité est cet indestructible. Et parce que les textes expérimentaux, poétiques novateurs ont le plus de mal à s’imposer dans le champ, l’indestructible y doit être plus fort et plus tenace. Et l’indestructible doit être pensé comme un dispositif d’agir non institutionnalisé.

Le style, est ce « in vivo » ou « in ovo »?

With colour in your life there’s a reason to explode
To set the world on fire
To skid and leave the road
In a black and white life there’s a column of smoke
You don’t burst into flame, you stop
When you’re broke
In vitrio in vivo
The revolution’s begun
In vitrio in vivo
WIRE, In Vivo*

* Deux écueils : 1. ne faire de la POP (des cultures populaires comme thèmes et comme formes) que l’alpha et l’oméga de la véritable rébellion littéraire (contre les pratiques normés du « roman-de-base » que nous avons souvent fini de lire à la première page, programme connu / Le rêve de tout romancier : épurer la fiction de toute écriture) 2. ne faire de la POP que le suppôt fasciste des industries culturelles (comme quand Godard critique la tv, par ex).

La magie est-elle une illusion?

Nous aimons être dupés par la magie, et nous aimons être dupés par toutes les peurs (réelles ou pas, construites ou pas) qu’instillent les fictions collectives positivées (et illusionnistes) de la domination. La peur, comme l’illusion (démocratique et représentative / que les politiciens peuvent changer les choses dans un monde toujours plus « ouvert » et marchand, etc.) est un outil politique fondamental pour les classes dominantes possédantes. C’est une technique de gouvernement, une machine rhétorique. On pourrait dire que sur ce terrain là les politiques font de la concurrence déloyale aux magiciens – ils sont même devenus plus forts en illusion qu’eux. Le Prestige de la politique. Dans une démocratie normalement représentative comme la nôtre où tout est un « fait social », où tout est dans la lunette des médias et des chaînes d’infos en continu, la bête spectaculaire a besoin de «situations de crises» pour vendre du temps de cerveau disponible (des mini-crises : people, intellectuelles, ou des fait + ou – divers & de grosses crises : scandale politique (DSK, Cahuzac), alimentaire (Spanghero, Vache folle), médical (Mediator), financier (Kerviel vs. Société Générale) et tout devient media-training, imposition de texte, éléments de langage – les Pôles Influences des grands groupes de communication ont confisqué l’Agenda politique avec leurs armées de lobbyistes et de spin-doctors* en imposant et leurs périodes de crises mais aussi leurs périodicités et sur à peu près tout ce que le «peuple» (les gens comme nous) peut penser (de la politique du gouvernement au devenir de l’Europe, en passant par la guerre au Mali, les politiques économiques etc. – il y a des lobbyistes sur tous les sujets imaginables). Moralité : les riches et leurs Corps ont confisqué la démocratie représentative au profit d’une ploutocratie d’experts en sondage et en communication de projet et de crise. Si ce n’est pas le plus grand Prestige jamais atteint par un illusionniste…
Je ne suis pas sûr qu’une conjuration expiatoire nous aide beaucoup à combattre cette vision machiavélique et cynique du fait politique. Qui peut mettre fin à un tel brasier quand il est attisé avec tant de force et tant de rage parfois.

* Les trois saisons existantes de la série américaine SCANDAL racontent ce travail des spin-doctors de l’ombre faisant tout pour améliorer l’image de leur clients, quitte à déraper, quitte à priver la démocratie de ce qui fait sa définition même.

Sommes nous profonds?

Ici aussi, il reste beaucoup à deviner. Il y a des individus qui n’ont pas les moyens d’être désintéressés, ni  d’être profonds. Et certains jouissent d’avance de cet état de fait.

Le soleil est-il au fond de l’univers?

On ne sait jamais qui il peut y avoir dans la salle. Le pouvoir torche la ville et la langue, et le corps social ravale sa merde. Il y a certaines étoiles qui brillent un peu trop dans la trajectoire de certains poètes (Fame, (fame) makes a man take things over / Fame, (fame) lets him loose, hard to swallow/ Fame, (fame) puts you there where things are hollow). L’une des choses qui m’intéressent le plus en tant que poète-expérimental est de montrer comment ces étoiles sont des mirages artistiques, esthétiques ou politiques. Cela peut être la volonté d’être lu par le plus grand monde possible, ou de se faire un nom, ou de tourner le plus possible (ou d’avoir un agent artistique comme AJ Chaton). CERTAINS LIVRES AUJOURD’HUI NE SONT QUE DES « OUTILS DE COMMUNICATION » A LA GLOIRE D’UN NOM QUI EST AUSSI UNE MARQUE. Il y a des auteurs qui ont l’air sans tache mais il ne faut surtout pas en gratter la surface. Il faut faire de toute cette horreur (institutionnelle, médiatique) une alliée. Le fonctionnement de l’univers social (compétition, domination, reproduction) dans lequel les oeuvres s’engendrent se retrouvent dans les propriétés des textes et des positions/prises de positions. Il y a des profits différentiels à occuper telle ou telle position (esthétique, philosophique). C’est pourquoi le pouvoir symbolique , pouvoir spécifique de consacrer ou de disqualifier, est une arène et un enjeu, même dans le champ poétique/littéraire (mais vous avez remarqué que c’est ce premier qui m’occupe). Champ dans lequel les rapports de force entre agents ne se présentent que sous la forme transfigurée et euphémisée des rapports de sens. Les poètes ne sont pas tous dignes d’être aimés. Et la négativité est fatiguante.

Les idées sont-elles des étoiles?

Cette illusion d’optique académique qui incite les auteurs à prendre la partie universitaire ou littéraire pour le tout social. Entre un «ce que je crois» et un «ce que je fais». Le devenir-invisible de la minorité silencieuse et le tout culturel de l’industrie des symboles. Double insu, double déni, double refoulé. Il faut frotter sa théorie à la pratique (et la pratique pour un poète, c’est nécessairement l’acte poétique envisagé comme test de sincérité) pour avoir le droit de parler de théorie. La politique de l’indestructible est modeste : la théorie est une pratique, la pratique est une théorie. Position – tension – geste. Il y a des positions qui garantissent un capital comme il y a des capitaux (sociaux, symboliques, économiques) qui garantissent des positions. L’octroi de la valeur littéraire repose sur un ensemble de positions hiérarchisées mais légitimantes : l’institution scolaire, l’université, la presse, des personnalités, etc. (la dominance s’établit toujours sur un niveau de reconnaissance et de consécration institutionnelle, et les dominants ont toujours utilisé l’imaginaire des dominés à leur profit).
Quelle victoire ou quelle défaite préférer?
Peut-être, sommes-nous déjà morts.

D’où vient ton désir?

Ce qui a fait de moi un poète, c’est sans doute cette volonté, ou ce désir, de ne pas se contenter des fictions collectives positivées qu’on nous a imposé, qu’on nous impose depuis la prime enfance (le story-telling politicien pourrait en être le paradigme). Surtout que le public lettré croit que l’écrivain pose dans ses livres des questions de lecture alors que ce sont des questions de vie ou de mort. Notre vie comme drame concret, catastrophe rythmique. Tout faire pour reconnaître mais aussi passer sans forcément la trahir sa propre limite poétique. Le sample : le sujet de l’énoncé signifie le retrait puis le piratage du sujet de l’énonciation. C’est penser l’activité poétique « en tant que connexion non hypocrite de pratiques énonciatives variables»*. L’écriture poétique peut fonctionner comme un « révélateur », elle possède le pouvoir de donner accès à une connaissance inaccessible par d’autres voies, d’induire de nouvelles vues sur la réalité, donc de (peut-être, pour le mieux) modifier nos croyances et nos habitudes (de perceptions).
Et puis, il y a la musique : http://sylvaincourtoux
HYPERLINK : http://sylvaincourtoux.bandcamp.com/album/poetry-die-bitcha

* (CHRISTOPHE HANNA)

La jouissance est-elle dangereuse?

Certains jouissent toujours fort quand il s’agit de récupérer du pouvoir. Le pouvoir, c’est le foutre du capital et des dominants. Votre position garantit votre capital comme votre capital garantit votre position. Les bons joueurs ne savent même pas qu’ils jouissent. Certains poètes disparaissent continuent dans la production (spectaculaire) de leurs effets (spectaculaire : la scission de soi avec soi s’appelle le pouvoir ; et ce pouvoir là n’est pas souveraineté). La vraie pratique poétique en sont les lois anti-trusts.

On ne trouve jamais l’autre que dans soi-même?

Ou on ne se trouve soi-même que dans l’autre?

Le  travail de sample = le sujet de l’énoncé signifie le retrait et l’absence du sujet de l’énonciation. L’altérité générale est ainsi la condition expresse de la distinction entre le même et l’autre. La constante dissémination du moi. La possibilité de tout autre chose est donc inscrite au cœur du même. Le texte comme tissu de différences, de défaillances variées. Les différentes strates d’un sujet politique toujours déjà pluriel. Le corps social écrit un texte qui s’écrit dans le corps de chacun. Le sujet comme entité identique à soi n’est plus. C’est pourquoi le travail de sample fait merder le je (exister c’est dépendre, c’est être battu du flot extérieur). La guerre se poursuit dans des espaces non visibles. Des armes fantômes pour des guerres silencieuses (la présence absente et corrosive de l’échantillon).

Être humain, est-ce possible?

courtoux-2

Une vie peut-elle transformer le monde?

Jésus a transformé le monde, Hitler a transformé le monde, Einstein a transformé le monde, Lénine a transformé le monde, etc. L’habitude de l’échec est un pli à prendre. Les discours ne sont souvent que des jeux que nous créons pour nous tromper nous-mêmes. [Je] n’a aucune certitude.

La mort est-elle l’ennemie de la vie?

Son contraire?

Un mal peut-il être délicieux?

Es-tu un homme bon (une femme bonne)?

«EVERYONE IS WORTH SAVING, EVEN THE MONSTERS, EVEN THE DEMONS, EVERYONE IS WORTH SAVING IN THE FACE OF DARKNESS – YOU DRAG EVERYONE INTO THE LIGHT – THAT IS THE POINT» © Scandal S02E13
Ou bien : «JE NE SAIS PAS À QUOI ÇA SERT… TOUT CELA, LA DÉMOCRATIE, LA LIBERTÉ, LA SOLIDARITÉ… S’IL N’Y A PAS DE GENTILS, SI TOUT LE MONDE EST MAUVAIS, SI LE JEU EST TOUJOURS TRUQUÉ, À QUOI BON» © Scandal S03E14
Parfois lorsque le vent souffle comme il le fait en ce moment nous perdons le pouvoir.
Il y a pas mal de saloperies dans le champ de la littérature et de la poésie. Et il reste à dresser la liste de toutes ces saloperies.

Penses-tu qu’on s’arrange avec le mal?

Nous gambadons dans un champ rempli de bombes que nous prenons pour des pâquerettes.
Quelle est la proportion du mal dans l’apparence du mal?

L’univers est-il un chaos ou quelque chose de soigneusement ordonné?

La [page] est une métaphore obscène. De merveilleuses prévisions crépusculaires.
Aujourd’hui est un écart/
Des textes constitutivement déchirés entre ce qu’ils veulent dire,
ce qu’ils disent et comment ils le disent (foncer et chercher la tonalité)
Sa procédure autant que la dislocation critique qu’elle réalise
Tu as ce regard de revanche qui fusille sur place,
tu t’es mangé des pains, tu t’en es pris plein la gueule,
on t’a mis K.O., on t’a rabaissé comme un merde
et aujourd’hui tu as quelque chose à prouver
et je crois que c’est le moment de le faire/
Il est nécessaire de s’y précipiter à corps perdu
Personne ne danse pour ceux qui tombent
La guerre ici n’est pas exactement Breaking News

Comment aimerais-tu en finir?

Impossible de renoncer à quoi que ce soit.

Ton plus beau souvenir d’extase?

De quelle couleur est la lumière?

Le concept, je le reprends d’EMMANUEL HOCQUARD – dan sa préface à l’anthologie Tout le monde se ressemble (POL, 1995).
Questions [à creuser, inlassablement] : est-ce que la langue implique nécessairement une relation fatale d’aliénation ? Le pouvoir est-il nécessairement présent dans les mécanismes les plus fins de l’échange social et jusque dans les poussées libératrices qui prétendent le contester ?
Il faudrait tout un texte pour définir ce concept de Bourdieu qui ne dit surtout pas que la littérature ne doit pas se connecter à son autre, à de l’autre, de l’hétérogène et du métèque (la littérature doit faire ce geste, de synthèses inouïes pour résister aux paroles collectives qui encerclent notre diction). L’hétéronomie que mon je met en avant est l’hétéronomie qui vient des processus et des rapports de pouvoir, politiques, symboliques et (surtout) économiques (la sphère non-marchande de la vie ne cesse de rétrécir comme peau de chagrin). On le sait aujourd’hui, la censure est en grande partie économique (elle n’est même plus que ça). Un champ artistiques comme celui de l’art contemporain plastique (avec son double marché public/privé) est déjà gangrené par les rapports de fric. Voilà ce qui guette le champ de la poésie (mais qui depuis les années 70’s est présent dans le champ du roman) – et j’ai des raisons d’être inquiet dans ce que je vois parfois chez les uns et les autres.
Deux écueils : 1. ne faire de la POP (des cultures populaires comme thèmes et comme formes) que l’alpha et l’oméga de la véritable rébellion littéraire (contre les pratiques normés du « roman-de-base » que nous avons souvent fini de lire à la première page, programme connu / Le rêve de tout romancier : épurer la fiction de toute écriture) 2. ne faire de la POP que le suppôt fasciste des industries culturelles (comme quand Godard critique la tv, par ex).
Les trois saisons existantes de la série américaine SCANDAL racontent ce travail des spin-doctors de l’ombre faisant tout pour améliorer l’image de leur clients, quitte à déraper, quitte à priver la démocratie de ce qui fait sa définition même.
(CHRISTOPHE HANNA)

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Une contribution de Sylvain Courtoux.

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